Visites d'exception

Visites d'exception

Visite aux Archives départementales le jeudi 9 octobre 2025 

Les Archives départementales ont été créées dans chaque département en vertu de la loi du 5 brumaire an V (26 octobre 1796). Elles étaient destinées à conserver les archives de l'Ancien Régime (y compris celles des évêchés, abbayes, etc. disparus) ainsi que les archives des nouvelles institutions.

Après avoir été sous tutelle préfectorale de 1800 à la décentralisation de 1982, elles sont gérées par les Conseils généraux, devenus Conseils départementaux, tout en continuant d'exercer une mission d'État.

Compétentes en matière d'archives d'origine publique, les archives départementales concourent aussi à la sauvegarde des archives privées marquantes localement, en tous domaines (personnalités, familles, entreprises, associations de tous secteurs, praticiens de tous corps de métiers etc.)

Les quatre grandes missions qui relèvent du Département.

1 - La collecte des documents consiste à rassembler et conserver les documents présentant un intérêt historique, juridique ou administratif pour l'État, les collectivités ou les particuliers (état civil, actes notariés, décisions, jugements, etc.). L'archiviste évalue ces documents non selon leur intérêt historique actuel, mais selon leur valeur informative, leur fiabilité et leur place dans les procédures administratives. Comme il est impossible de tout conserver, il doit sélectionner les dossiers les plus représentatifs. Les administrations publiques ont l'obligation légale de verser leurs dossiers à conservation définitive aux Archives départementales, tandis que la collecte des archives privées relève d'une politique volontaire du Département. Les archivistes participent très en amont à la préparation des versements.

2 - Le tri, le classement et l'inventaire des documents au sein des Archives

Le classement des archives consiste à organiser, identifier et inventorier les documents collectés afin de les rendre accessibles et compréhensibles. L'archiviste doit mettre en ordre logique les dossiers, parfois reconstituer des ensembles dispersés, les dater et leur attribuer une cote pour faciliter leur repérage. Ensuite, il rédige un inventaire décrivant la structure du fonds, le contenu, les dates et les cotes des documents.

3 - La conservation matérielle des documents est un défi majeur : conserver durablement des documents parfois millénaires tout en permettant leur consultation.

La préservation repose d'abord sur la qualité du bâtiment et des conditions de conservation (température, hygrométrie, hygiène). Les documents sont protégés dans des boîtes et chemises adaptées, dépoussiérés, et parfois reproduits (microfilmés ou numérisés) afin de préserver les originaux les plus fragiles ou les plus consultés. Des interventions spécialisées comme la restauration, la reliure, la désinfection ou le renforcement des supports permettent de prolonger la vie des documents à travers les siècles, tout en garantissant leur accessibilité au public grâce à des copies ou duplications.

4 - La communication des documents au public est un principe fondamental depuis la création des Archives à la Révolution. La consultation s'effectue uniquement en salle de lecture, car les documents, souvent uniques, doivent être protégés. Certaines restrictions existent :

Incommunicabilité légale (temporaire) : 25 ans pour le secret industriel ou d'État, 50 à 120 ans pour les documents contenant des données personnelles (vie privée, santé, justice, filiation). Des dérogations peuvent être demandées.

Incommunicabilité matérielle : lorsque le document est trop fragile ; dans ce cas, une copie ou une restauration peut permettre la consultation.

Les Archives départementales jouent aussi un rôle majeur dans la recherche et la diffusion culturelle. Depuis les années 1970, elles accueillent un public croissant de généalogistes et chercheurs, et développent de nombreuses actions de valorisation : accueil de scolaires, ateliers, expositions, publications, participations à des événements patrimoniaux (comme les Journées du patrimoine, la commémoration de la Première Guerre mondiale…).


Après une pause méridienne très appréciée à l'Escatel, retour aux Archives pour la suite du programme.

Le site des Archives départementales

Un vaste travail de numérisation entrepris par les Archives départementales permet désormais de consulter en ligne un grand nombre de documents. À l'issue de la visite des locaux, et après les explications précises relatives aux différentes étapes du traitement des archives, notre conférencière nous a présenté les principales rubriques du site. Elle a détaillé les ressources disponibles, les modalités d'accès aux documents, ainsi que les outils permettant de repérer, consulter et télécharger les éléments recherchés.

La fin de la visite a permis de découvrir les ressources concernant l'enseignement en Saône-et-Loire et l'utilisation, en salle de lecture, des inventaires papier les concernant. Il nous a été remis un cadre de classement de ces archives pouvant faciliter nos recherches ultérieures.

Ajoutons que notre conférencière a su répondre avec bienveillance à toutes nos interrogations et avait extrait des réserves, à notre intention, un précieux éventail de documents issus des archives des Écoles normales de Mâcon : cahiers de cours, dossiers de professeurs, écrits d'élèves et autres témoins d'un passé pédagogique riche et vivant.

Nous la remercions chaleureusement pour cette visite minutieusement préparée, à la fois dense, intéressante et porteuse d'enseignements, qui a suscité un vif intérêt et l'admiration des participants.

Les Archives départementales en chiffres voir bulletin n°30 p 44

Visite d'exception en Haute-Marne

Visite d'exception en Haute-Marne

Le 5 octobre 2025, à l'initiative d'André Guyot, membre de l'Amicale des anciens élèves de l'École normale de Chaumont, une trentaine de personnes ont visité Métallurgic Park à Dommartin-le-Franc. Ce centre d'interprétation, installé dans une ancienne fonderie de la vallée de la Blaise — haut lieu de la métallurgie au XIXᵉ siècle —, propose une mise en valeur moderne d'un site industriel remarquablement préservé.

Nous avons été accueillis par Madame Élisabeth Robert-Dehault, fondatrice de l'ASPM, (Association pour la Sauvegarde du patrimoine Métallurgique), qui a sauvé l'ancienne fonderie de la destruction en 1994. Grâce à l'action de son association, le site a été restauré et transformé en lieu de mémoire et de culture industrielle. Metallurgic Park retrace l'histoire de la métallurgie, du haut-fourneau aux fontes artistiques, jusqu'aux fonderies contemporaines.


La présence abondante de minerai de fer en Haute-Marne a favorisé une activité métallurgique très ancienne, attestée à Dommartin-le-Franc dès 1264. La visite a débuté par le haut-fourneau de 1834, classé monument historique. Nous avons découvert le fonctionnement du haut-fourneau, les techniques de fonte, les machines, les grues, le cubilot et le système de chauffe à air chaud. Une scénographie avec sons, lumières et silhouettes d'ouvriers illustre la coulée de fonte. Cette présentation est complétée par les explications relatives au moulage et une exposition consacrée à la fonte d'art et aux savoir-faire métallurgiques.

La visite s'est poursuivie dans les halles restaurées, mêlant machines anciennes, pièces de fonderie d'art et dispositifs multimédias retraçant l'histoire de la métallurgie dans la vallée de la Blaise. Le parcours scénographique relie les techniques anciennes à la fonte contemporaine et met en lumière la diffusion mondiale des productions, florissante dès la Troisième République et portée à la connaissance d'un large public par les Expositions universelles. Nous avons découvert de magnifiques images sur écran géant, faisant le tour de nombreux éléments en fonte ornementale — fontaines, statues, grilles, réverbères, entrées de métro… fruit des recherches menées par Élisabeth Robert-Dehault et son équipe en France et à l'étranger.

Depuis 2012, la Communauté de communes de Saint-Dizier, Der & Blaise gère le site en régie publique. Il appartient à un réseau départemental de valorisation du patrimoine métallurgique (mines, forges, etc.).

Notre visite s'est poursuivie au Conservatoire des Arts de la Métallurgie, installé à 300 m: l'ancienne « usine du bas » en était l'un des pôles majeurs, avec ses hauts-fourneaux et cubilots destinés à la fonte. L'usine, fermée en 1992, abrite aujourd'hui une riche collection conservée dans les bâtiments de l'ancienne fonderie : 2 650 œuvres liées aux arts du feu. On y trouve notamment 650 modèles artistiques du fonds Ferry-Capitain (« le Paradis » constitué de nombreux modèles religieux en plâtre), des modèles romantiques et naturalistes ayant agrémenté parcs et jardins, des objets domestiques et décoratifs : cuisinières, poêles, entourages et plaques de cheminée, cocottes, gaufriers… des pièces d'art funéraire, des statues ou bustes de personnages célèbres dont les fameuses Marianne de la République. Une autre section présente 250 machines d'époque utilisées pour la forge et la fonderie. La visite, guidée par Madame Robert-Dehault, spécialiste passionnée, a permis découvrir toute la richesse historique et artistique de ce site.

Le déjeuner, présenté comme un simple « pique-nique », s'est avéré être plus exactement un repas champêtre, régal collectif, sous un grand chapiteau abritant plusieurs dizaines de convives, dont les élèves du lycée Henri Loritz de Nancy. Préparé par les membres de l'association, le repas a débuté par un apéritif-maison accompagné de cakes salés, suivi d'un assortiment de salades. Le plat principal, élaboré au feu de bois, associait pommes de terre en robe des champs et jambons grillés. Fromages et une profusion de desserts faits maison — tartes, crumbles et gâteaux aux fruits de saison — ont clôturé ce moment convivial et chaleureux.

Le point culminant de la journée a lieu l'après-midi au Conservatoire de la Métallurgie de Dommartin-le-Franc : la démonstration d'une coulée au cubilot, offrant aux visiteurs une immersion spectaculaire dans le travail de la fonte et les arts du feu.

Chaque année, les élèves du lycée Loritz de Nancy, encadrés par leur professeur, réalisent cette coulée au cubilot. Bien que le travail moderne utilise désormais l'informatique, la proviseure du lycée tient à maintenir cette tradition, à la fois pédagogique et symbolique, marquant l'intronisation des jeunes dans la grande famille des maîtres du feu.

La séance de coulée est soigneusement organisée pour assurer la sécurité de chacun et l'apprentissage pratique. Les élèves coulent des plaques de cheminée, une cariatide et une statue de Marianne destinée à la mairie de Dommartin-le-Franc, initiative de la maire Angélique Masselot qui s'est aperçue qu'aucune Marianne n'était présente dans sa mairie. Les explications de Madame Robert-Dehault continuent d'enrichir la démonstration.

Le cubilot, propriété du lycée de Nancy et restauré en mai dernier, est un four vertical datant de 1952, utilisé pour la seconde fusion de la fonte avec du coke. Les élèves alternent l'apport de ferraille et de charbon par le haut toutes les 5 à 10 minutes, tandis que des foyers latéraux chauffent l'air pour activer la combustion et économiser de l'énergie. Le processus avait été lancé bien avant notre arrivée !

Lorsque la température atteint environ 1400 °C, le métal liquide s'accumule dans le creuset. Des contrôles sont effectués par un œilleton, puis le bouchon d'argile est retiré pour laisser la fonte s'écouler en continu dans une bassine. La première opération consiste à remettre le bouchon puis à mesurer la température. Ensuite, la grue soulève la bassine, que l'on peut basculer pour effectuer un premier moulage. La fonte en fusion est ensuite récupérée dans des seaux et transportée à deux, à l'aide d'un brancard, pour réaliser le moulage de pièces plus petites. Onze coulées étaient prévues ; tous les élèves ont pu y participer et les spectateurs ont eu le temps d'apprécier le spectacle.

Comme toujours pour cette manifestation exceptionnelle, l'animation a été assurée par les élèves en première et deuxième années de BTS fonderie au lycée nancéen. Au total ils étaient une quarantaine de lycéens, accompagnés par sept professeurs et plusieurs anciens élèves dont certains ont intégré l'école supérieure de fonderie. Pour les jeunes du lycée Loritz, cette journée de coulée au cubilot demeure une expérience exceptionnelle puisque les méthodes utilisées ne sont plus d'actualité aujourd'hui. Comme l'a expliqué un professeur, le cubilot, qui a été utilisé durant des décennies au lycée Loritz, date des années 50 et a aujourd'hui tendance à disparaître industriellement. Il reste pourtant assez économique.

En début d'après-midi, Elisabeth Robert-Dehault, présidente de I'ASPM, a accueilli plus de 350 visiteurs. Avec beaucoup de précisions, elle a expliqué ce qu'était le travail des employés de fonderie, les techniques utilisées à l'époque et tout le processus du travail de la fonte.

Enfin est venu le moment de la coulée, au cours duquel environ trois tonnes de fonte en fusion ont été produites. Parmi les pièces réalisées se trouve une Marianne, qui trouvera sa place prochainement à la mairie de Dommartin-le-Franc.

Une nouvelle édition qui a permis aux visiteurs d'assister à neuf coulées d'environ 350 kg chacune. [Article et photo André MICHEL, JHM 06 10 2025]

Le Paradis de Sommevoire :

La journée s'est poursuivie à Sommevoire, dans la grange du « Paradis », accueillis par un membre des « Compagnons de Saint-Pierre ». Cette association, créée en 1976, a sauvé l'église Saint-Pierre et le fonds de modèles Antoine Durenne, transféré entre 1988 et 1990 dans des bâtiments communaux pour en assurer la conservation.

Le Paradis de Sommevoire illustre l'ampleur et la portée internationale de la production locale : statues, fontaines, monuments, décors architecturaux et éclairages publics ont été diffusés dans de nombreuses villes d'Europe et du monde, notamment aux États-Unis, Canada, Amérique latine, Algérie et Cambodge.

Les modèles en plâtre, créés par des sculpteurs d'après des œuvres en argile, sont moulés en sable pour être coulés en fonte ou en bronze. Au 19e siècle, Antoine Durenne va marier l'art et l'industrie. Il collabore avec de prestigieux artistes comme Albert Carrier-Belleuse, Auguste Bartholdi, Hector Guimard, Emmanuel Frémiet, Pierre-louis Rouillard, Alfred Jacquemart, Paul Edouard-Delabrière… , participant au fameux mouvement des Arts Décoratifs.

Le guide a présenté les œuvres et expliqué comment, au XIXᵉ siècle, la fonte d'art a progressivement rivalisé avec le bronze, jusque-là réservé à un art élitiste. Rendue plus fine, résistante et économique par la Révolution industrielle, la fonte a permis de reproduire et diffuser largement les œuvres. Collaborant avec de grands sculpteurs, les fonderies ont démontré que la fonte pouvait allier beauté, précision et utilité, incarnant un art moderne, populaire et industriel et rendant accessible l'idéal « du beau dans l'utile ».

De quoi clore en beauté notre fabuleuse journée !

Un grand merci à André Guyot et à nos amis de l'Amicale de Haute-Marne pour leur invitation et le plaisir de partager ce moment avec eux.

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